Merci de m’avoir indirectement fait remarquer que ma « description » de la cérémonie flash mob est encore bien grossière. Que les organisateurs d’une « foule-éclair », « maîtres de cérémonie » restent anonymes est en effet une caractéristique qui est loin d’être négligeable. Elle se distingue de ce qui me semble être l’usage habituel dans une cérémonie, c’est-à-dire que celle-ci est non seulement dirigée, mais que ceux qui la dirigent sont habituellement mis sur le devant de la scène, normalement comme intercesseurs entre les participants et « l’objet » qui est à célébrer. Cet anonymat a comme première raison d’être, dit-on l’interdiction publique d’un rassemblement de personne sans autorisation préalable. Soit, mais des rassemblements publiques sans autorisation, revendiqués et non anonymes se produisent de temps à autre et sont loin d’être impossibles. Un groupe se soude d’autant mieux dans une cérémonie qu’en confirmant un ordre qui est en opposition à un autre. Il s’agit donc sans doute de plusieurs choses à la fois : identification, sécurité, facilité, fluidité, marge, et enfin secret et spectacle comme deux faces d’une même pièce. Mais surtout, il s’agit là d’une célébration qui est propre au réseau dans lequel l’anonymat est un ressort fondamental. Le titre et le propos de Patrice Loubier dans Parachute (109) en témoignent à leur façon : « De l’anonymat contemporain entre banalité et forme réticulaire ». Enfin, puisqu’il s’agit d’une rencontre des corps absentés et anonymes dans le réseau, aucun corps ici n’est susceptible d’intercéder pour les autres.
Deuxième point, « Qu’il s’agisse d’un programme purement formel à exécuter », par contre, va, me semble-t-il, directement dans mon sens. Qu’est-ce qu’une cérémonie en effet, si ce n’est justement un programme purement formel à exécuter ? Reste l’inquiétude. Que des rencontres physiques aient lieu (mais il est vrai, de quelle rencontre s’agit-il ?) à partir de l’anonymat du réseau pour y retourner est un symptôme qui reste toujours à déchiffrer. Mais l’inquiétude, je la garderai pour des phénomènes plus « triviaux » et beaucoup moins à la pointe de la mode : un quart de degré de réchauffement planétaire tous les dix ans, 14802 morts en 15 jours dans un petit pays tempéré, 1100 à 1200 tonnes de combustible irradié par an (dans ce même charmant petit pays) dont pour l’essentiel on ne sait que faire et qu’on accumule en attendant de voir, voilà des phénomènes un peu plus inquiétants mais il est vrai hors sujet, banaux et barbants.
Bernard Guelton